La difficile mission de la « self-défense féminine »
Par R. Saint-Vincent, Chef du Bureau Instruction par suppléance
« Une femme est une proie idéale : elle peut-être en talons, en jupe ; ce qui la handicape en cas d’attaque.
Son sac à main est facile à voler, elle est moins lourde, moins forte, plus fragile...
De plus, elle peut être non seulement victime de vol... mais aussi de viol !
Bref elle a tout intérêt à ne compter que sur elle-même. »
Katsuni, « Les femmes et le close-combat » (propos recueilli dans Le close-combat, techniques et entraînements, Chiron, 2006).

Comme le rappelle l’actrice Katsuni, membre d’honneur de la Fédération des clubs de close-combat, la femme a généralement « intérêt à ne compter que sur elle-même » lorsqu’elle se trouve confrontée à une agression physique. Toutefois, il convient de reconnaître sans pudeur ni fausse honte que ses qualités de combattante ne sont pas les mêmes que celles d’un homme. Il est vrai que si l’on fait abstraction de sa force mentale, la gente féminine est souvent désavantagée par rapport aux hommes. Que l’on ne se trompe pas, il ne s’agit pas là de faire valoir une infériorité mais plutôt de souligner quelques différences…de poids, de taille ; éventuellement de force. Inutile de dire que la préparation au combat, pour une femme, devrait faire partie de l’éducation civique dès la classe de maternelle ! Car les statistiques de confrontations violentes entre hommes et femmes seront toujours trop nombreuses, le nombre de femmes battues sera toujours trop important, les agressions sexuelles toujours aussi odieuses.
Comment expliquer alors que, depuis le développent des arts martiaux en Occident et l’apparition de la self-défense, personne n’ait réussi à intéresser réellement les femmes à la question primordiale de l’autodéfense ? Le problème est en fait d’ordre pédagogique. Autrement dit, les écoles de self-défense recourent, depuis longtemps déjà, à une langue de bois propre à faire échouer toute tentative de formation au combat pour les femmes. Deux types d’arguments fallacieux sont développés par ces professeurs de self-défense de manière coutumière. Les uns voudraient faire croire aux femmes que, grâce à l’apprentissage de quelques « coups qui tuent », elles seront en mesure de neutraliser tout individu agressif ; les autres les bercent d’illusions naïves et bien pensantes en leur affirmant qu’elles sont en tout point égales aux hommes, et qu’il suffit de leur faire subir le même entraînement… de boxe par exemple ou de kick-boxing. Pourquoi pas de sumo ou de combat libre !
Avec la récente publication du DVD « Petit kit de survie pour femmes urbaines : même pas peur » par l’humoriste Muriel Robin, il semblerait que les femmes du XXIième siècle entendent bien prendre en main leur propre autodéfense. Cette initiative, n’est pas la première du genre ; en témoigne l’ouvrage fort bien fait, il y a quelques années déjà, par la star du petit écran, Isabelle Alonso, « Plus Jamais Victimes ! » sous titré « Survival, nouvelle méthode de défense au féminin ». Ce phénomène est digne d’être signalé : des femmes publiques dont ce n’est pas la spécialité, ni même le métier, utilisent leur notoriété pour faire la promotion de la self-défense féminine. Rappelons tout de même que, jusqu’à présent, les rares traités de combat pour les femmes furent écrits par des hommes, à l’instar du classique « Hands off, self-defense for women » rédigé par le Major Fairbairn. Nous sommes donc en présence d’une évolution dans le bon sens, et pour reprendre les termes de l’ambassadrice du close-combat, Mlle Katsuni, les femmes sembleraient bien avoir l’intention de ne compter que sur elles-mêmes.
Reste que, dans un conflit physique, la pratique récurrente est le point crucial, pour ne pas dire déterminant.
Dès lors, se pose à nouveau la question de la pédagogie de la self-défense féminine. Comment sensibiliser la femme à une question aussi importante que celle de l’entraînement répétitif ? Car si une femme ne dit pas non à un stage occasionnel de self-défense, elle est déjà beaucoup plus réticente pour se livrer à un entraînement mensuel. Alors qu’en est-il de la préparation régulière d’une femme aux agressions sexuelles par exemple ? Est-ce qu’un stage de temps en temps suffira à affronter un délinquant sexuel à sa sortie de prison ? Permettez-nous d’en douter !
Le problème est, répétons le encore une fois, d’ordre pédagogique. Autant les hommes trouvent un véritable équilibre en se préparant assidûment à un hypothétique affrontement futur, autant les femmes n’ont aucunement envie de se retrouver confrontées toutes les semaines à leurs angoisses les plus odieuses. Les profs de self-défense, aussi compétents soient-ils, se mettent rarement à la place de leurs élèves féminines. S’ils prenaient conscience que la finalité du combat diffère selon que l’on s’adresse à un homme ou une femme, peut-être seraient-ils à même de comprendre pourquoi la femme est moins assidue que l’homme en ce qui concerne la pratique du combat à main nue. Tout le monde insiste sur la nécessité indiscutable, pour la femme, de s’entraîner à lutter, par exemple, contre un viol dans un parking désaffecté. Il faut croire que si les hommes s’entraînaient dans le seul objectif d’éviter un viol sur leur propre personne, sans doute seraient-ils un peu moins enthousiastes à l’idée de s’entraîner régulièrement au gymnase…
Ce qui est en jeu ici est capital. Il s’agit de la motivation du personnel qui suit un entraînement au combat. En mettant sous les yeux des femmes la réalité crue, comme celle des agressions sexuelles, les profs de self-défense croient leur rendre un service important. Peut-être aussi pensent-ils attirer des clientes en suscitant chez elles stress, angoisses, et paranoïa. Mais c’est bien tout le contraire de leurs intentions qui se produit. Face à cette réalité horrible, les femmes ne peuvent que brièvement prendre en main leur destin : elles se rassurent en apprenant quelques « recettes pour tuer ou éviter d’être tuée » puis prennent tout bonnement la fuite, et s’en vont loin de ces préoccupations sécuritaires.
La mission de la self-défense féminine n’est pas donc pas parmi les plus simples à mener. C’est pourquoi, le close-combat moderne attache une importance si manifeste au combat pour les femmes et compte bien réussir, dans les temps qui viennent, à provoquer une révolution pédagogique très nette dans ce domaine. Car c’est à chacun de nous qu’il appartient de lutter contre les agressions de toute sorte dont peuvent être victimes les femmes !
Liens internes :
Rares sont les femmes qui acceptent de parler de la nécessité de s’entraîner.
Ici, l’un des élèves du Centre d’Instruction Principale a accepté de donner des détails sur sa conception du combat :

Bien avant le DVD de Muriel Robin, l’actrice Katsuni avait fait le choix d’aider la cause de la self-défense féminine, notamment en devenant l’ambassadrice du close-combat :
Liens externes :
Dans un dossier particulièrement bien documenté, le site de l’INSEE dresse un bilan détaillé des violences faites aux femmes :