Le close-combat : fédérateur de gens d’horizons très divers (partie 2)
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Le fait d’être débutant ne t’a pas rebuté…
Ce n’est pas un problème d’être novice en arts martiaux pour commencer le close-combat… C’est vrai que l’aspect technique des cours est important, on fait de la technique à chaque séance, on travaille une ou deux techniques à chaque cours, mais là n’est pas l’essentiel je dirais...
On ne demande pas au participant qu’il ait un bagage technique en arrivant, je pense que les cours sont accessibles à tout le monde et d’ailleurs, c’est ce qui m’a frappé lors de la première séance. Il y avait des gens entre 15 et 50 ans, des hommes, des femmes. Donc je pense que c’est un sport assez ouvert, pas besoin d’expérience préalable en arts martiaux pour pouvoir commencer le close combat.
Le close-combat apporte des bienfaits au plan physique, mais qu’en est-il au plan psychologique ?
Par exemple, dans la vie professionnelle, qu’est-ce que le close-combat peut-il bien apporter ?
Bon, le close-combat ça m’aide d’une manière un peu particulière… Actuellement je suis chercheur en thèse, je suis dans une période de ma vie qui dure deux, trois ans, et qui est une période un peu solitaire, une période où je passe le plus clair de mon temps à lire et à écrire, donc c’est assez éprouvant, parfois aussi un peu frustrant.
Moi, ma grande peur, c’est de devenir une huître pendant cette période de thèse, parfois ça arrive que des chercheurs deviennent des huîtres – je veux dire, au sens où on peut avoir tendance à se replier dans sa coquille et à ne plus en sortir. Je me suis rendu compte que c’était difficile de fournir un effort intellectuel prolongé sans contrepartie physique, je crois que les deux fonctionnent ensemble d’une certaine manière…
L’effort intellectuel se nourrit dans l’expérience de l’effort physique et le fait de s’habituer à produire un effort physique intense aide à persévérer dans mon activité de chercheur, en fait les deux s’entretiennent mutuellement. Ça n’aurait pas de sens pour moi d’être capable de réfléchir pendant des semaines à un problème très abstrait, et paradoxalement de ne pas pouvoir supporter deux heures d’effort physique hebdomadaires…
Comment réagis-tu aujourd’hui face aux situations de stress et d’agressivité que génère parfois la vie quotidienne ?
Moi j’ai plus tendance qu’auparavant à prendre ça comme un jeu, je relativise plus. C’est-à-dire que quand je suis confronté à ce genre de petits quolibets, ça peut me faire sourire… Bon, je n’ai pas été confronté récemment à une situation, disons, de crise, mais je sens quand même que…oui c’est vrai, comme les séances sont assez ludiques, on a tendance à voir ce contexte ludique se répercuter dans des situations quotidiennes, tout cela aide probablement à dédramatiser certaines confrontations, au jour le jour, dans lesquelles règne une certaine tension.
Pour toi, l’ambiance des cours est importante ? Qu’est-ce qui t’a marqué concernant l’encadrement des élèves au centre ?
Il y a un aspect que l’on n’a pas évoqué – une particularité du club dont j’aurais peut-être dû parler quand j’expliquais comment j’avais découvert la Fédération. Cela mérite d’être mentionné à mon avis : les moniteurs et instructeurs du club sont tous bénévoles… alors ça peut paraître anecdotique comme ça, mais ceci dit, ça ne l’est pas d’un point de vue financier pour les gens qui viennent s’entraîner…
Bon et le bénévolat, ça implique deux choses. Premièrement, c’est une des raisons pour lesquelles il y a un brassage des individus aussi important au sein du club. Deuxièmement, c’est aussi important pour l’ambiance des entraînements, parce qu’on ne se retrouve pas dans une situations où l’élève fait face à des gens qui essayent de démontrer qu’il existe des recettes miracles pour battre n’importe qui; personne n’a besoin de prouver aux élèves qu’ils vont « en avoir pour leur argent », il n’y pas ce rapport monétaire qui brouille un peu les cartes dans une formation.
Du coup ça produit une ambiance très détendue, et on s’amuse pas mal en fait, parce que les gens qui nous entraînent n’ont pas cette pression-là… ça leur permet peut-être de se mettre vraiment au niveau des gens qui viennent s’entraîner – il y a un rapport direct, franc, amical entre les élèves qui viennent s’entraîner et les moniteurs de close-combat.
Le fait est que, bien souvent, les gens associent le montant de la cotisation et ce genre de question monétaire à la crédibilité… En bref, un bon prof est bien payé…
Le problème de la crédibilité, je ne le poserais pas dans ces termes-là… D’un côté on a beaucoup de clubs d’arts martiaux ou de sports de combat dans lesquels les moniteurs ne participent jamais à aucun combat, ils sont là pour s’écouter parler, les bras croisés, en bombant le torse. Enfin, je ne suis jamais allé dans un autre club mais l’on m’a dit que ça se passait souvent comme ça.
Bon, il est là, je crois, le vrai problème de crédibilité. Ça me rappelle mon prof de sport au lycée qui s’était tellement laissé aller qu’il n’arrive plus à faire une roulade avant… et ça ne l’empêchait pas de nous expliquer avec tout le sérieux du monde comment faire la roue ou le poirier… Ici c’est différent, chacun peut s’entraîner avec n’importe lequel des moniteurs, ils sont disponibles pour faire des combats avec les membres du club…
Bon, et puis quand on voit la production de la fédération en termes d’ouvrages techniques – deux livres déjà, un DVD – et qu’on voit aussi toutes les activités connexes des moniteurs, notamment leur implication dans des programmes de formation pour des unités spécialisées dans la police et dans l’armée, là on se rend compte que le bénévolat des moniteurs pour les cours collectifs ne remet pas du tout en cause la crédibilité de la formation dispensée – bien au contraire.
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