LE LIVRE D'OR DE LA FEDERATION
( voir interview précédente : Jean-Philippe V. )


Entretien avec Yann BIALGUE, directeur de la section de Megève (partie 1)

Alors que le stage d’entraînement « défense contre le car jacking » aura lieu prochainement à Megève, le Moniteur de close-combat Yann BIALGUE, représentant de la Fédération des clubs de close-combat en Savoie, nous a accordé un entretien exclusif. Au cours de cette interview, il revient sur sa conception du close-combat et sur sa méthode d’entraînement.

Photo ci-contre : le Moniteur Yann BIALGUE en tenue civile lors de la visite du Lieutenant-colonel CARTER au siège de la Fédération des clubs de close-combat le 3 mai 2006



Pouvez-vous nous raconter comment en êtes-vous venu à pratiquer le close-combat ?

       Se retourner sur sa vie et éprouver le regret de n’avoir pas fait certaines choses a toujours été l’un de mes principales préoccupations. Or, arrivé à l’âge de 30 ans, je me suis dit qu’il était grand temps de pratiquer les arts martiaux, et un peu plus tard de me mettre au piano.

       Je me suis donc inscrit au ju-jitsu chez Pariset, et si les débuts ont été difficiles, avec 4 pompes réussies lors du 1er cours, j’ai fini 10 ans plus tard au niveau noir, ayant passé la moitié de la prestigieuse ceinture avant de me blesser. Cette interruption de quelques mois m’a alors donné le temps de réfléchir, et de voir ce qui existait autour. Le ju-jitsu m’a donné d’excellentes bases techniques, mais je recherchais quelque chose de plus pratique, de plus proche de la réalité du combat.

       J’ai alors rencontré les frères Saint-Vincent en 2004. Elève pendant 2 ans à la section du Siège de la Fédération à Paris (maintenant appelée « Centre d’Instruction Principal »), je suis devenu moniteur à la fin de l’année 2006 ; puis j’ai monté la section de Megève en 2007… car je vis désormais en Haute-Savoie le plus clair de mon temps.


Est-ce que vos antécédents dans les arts martiaux vous ont aidé dans votre pratique ?

       La pratique des arts martiaux a été bien sûr déterminante dans mon évolution : j’avais un bagage technique intéressant qui m’a permis une assimilation des techniques de close-combat plus rapide, et une certaine précision dans les gestes.

       N’oublions pas que toutes les méthodes de combat actuelles dérivent sans exception des arts martiaux traditionnels : un chin-jab de close-combat est un taïcho, un middle-kick ou coup de pieds latéral est un mawashi geri, et on utilise les clés de l’aïkido…


Quelle fut pour vous la supériorité du close-combat par rapport aux autres disciplines que vous aviez déjà pratiquées ?
au premier plan,
le Moniteur Yann BIALGUE à l’entraînement


       A mon sens, le close-combat n’est pas supérieur aux arts martiaux au plan technique. C’est simplement dépouillé, et très efficace, avec un réalisme que l’on ne trouve pas dans les arts martiaux traditionnels. Je dirai en bref que, lorsqu’il vous faut 10 ou 20 ans de pratique d’arts martiaux à très haut niveau pour être efficace dans la rue, quelques années de close-combat vous donnent non seulement une grande confiance en vous, mais aussi les armes nécessaires pour affronter un vrai combat. Cela ne signifie pas que vous serez invincible, non. Mais vous serez prêt à l’affrontement réel.

       J’ai toujours pensé qu’il était traumatisant pour un homme, doté d’un minimum d’honneur, de ne pouvoir réagir dans certaines situations extrêmes. Imaginer se faire « casser la gueule » sans pouvoir répondre efficacement est, selon moi, un frein à l’action. Il y a en effet la peur des coups, de la douleur, et surtout la peur d’être humilié par l’adversaire. Une bonne pratique du close-combat vous prépare à l’action, et au passage en mode combat.

       En outre, vous savez que quelque soit la taille ou la force de l’adversaire, vous aurez la capacité de la faire souffrir aussi ! Vainqueur ou vaincu ? Cela n’a presque plus d’importance, on trouve toujours son maître …mais au moins vous aurez combattu avec dignité et honneur. C’est cela le close-combat, une méthode de combat fondée sur le mental, une pratique rude, des techniques efficaces, en quelque sorte une école de la vie.


Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à devenir cadre de la Fédération des Clubs de Close-Combat ?

       Lorsque, après plus de deux ans de pratique assidue et intensive, le Bureau Instruction m’a proposé de devenir moniteur, ce fut une sorte d’aboutissement personnel. Le fait d’enseigner suppose que vous ayez une excellente maîtrise des techniques, une bonne approche de la discipline, et que vous puissiez improviser. Enseigner permet aussi de se parfaire dans le geste tout en corrigeant les élèves. Enfin, partager une expérience aussi riche et intense avec d’autres passionnés est très motivant.


Quelle est la qualité principale d’un instructeur de close-combat selon vous ?

       L’instructeur de close-combat se doit avant tout de rester proche de la réalité du terrain, et de ne pas dévier vers les arts martiaux en se faisant plaisir avec des techniques « belles et spectaculaires ». Ce doit être un meneur d’hommes, capable d’enseigner des techniques, d’assurer la cohésion du groupe, et principalement de transmettre une certaine force mentale aux élèves.

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