MAGAZINE EN LIGNE CLOSE-COMBAT

Pour le premier numéro de notre magazine en ligne, nous vous proposons de découvrir (ou redécouvrir) l’histoire du chef de bataillon Raymond Muelle, président de l’amicale de la Fédération des clubs de close-combat. L’occasion nous est ainsi donné de revenir sur les débuts du Commandant Raymond Muelle. Au cours d’une interview exclusive, le vétéran de cette unité mythique nous raconte comment il franchit, dès le début de la seconde guerre mondiale, la ligne de démarcation pour gagner l’Afrique du Nord.

Le commandant Raymond Muelle, une vie de « choc »
1ère partie (1940/1943)

« Lorsqu’en 1940, à 18 ans, j’ai voulu m’engager dans l’Armée de l’air, les formalités administratives ont tellement duré que les Allemands sont arrivés avant que je ne sois appelé. Et une fois les Allemands en zone occupée – j’habitais alors Orléans – je n’ai eu qu’une idée : aller ailleurs pour continuer un combat qui avait mal tourné. »

L’Ecole coloniale plutôt que la carrière militaire

« Dans un premier temps, j’ai essayé de passer en Espagne. Mais en ce temps-là, ce n’était pas bien vu. Comme je n’avais ni argent ni papier (c’était fin juin 1940), les Espagnols m’ont gentiment refoulé et renvoyé chez les Français. Au bout d’un mois ou deux, j’ai décidé de chercher une filière, que je n’ai jamais trouvée ni en zone occupée ni en zone libre, pour partir en Angleterre. Or, comme on parlait à l’époque de créer une armée d’armistice, je me suis dit que je pourrais intégrer cette dernière en Afrique du Nord. Malheureusement, en 1940, on ne pouvait pas s’engager pour l’Afrique du Nord, mais seulement pour la Métropole ; ce qui ne m’intéressait pas du tout. Cependant, j’ai trouvé à Montluçon, car j’étais passé en zone libre déjà pour la deuxième ou troisième fois, un sous-officier qui m’a dit : « Si tu veux, je peux te faire passer en Afrique du Nord clandestinement. ». Je suis donc parti en Afrique du Nord à fond de cale sur un bateau qui ramenait des tirailleurs rapatriés sanitaires. J’ai débarqué à Oran, en novembre 1940, et j’ai pris la route en direction du Maroc espagnol dans l’idée de rejoindre Gibraltar. Là, encore une fois, j’ai rencontré des difficultés : je n’avais pas un sou en poche (j’avais vendu mon pardessus à Oran pour survivre), et je ne suis pas arrivé au-delà de Meknès : la présence des policiers, des gendarmes, et des militaires, rendait, à partir de cette ville, l’accès au Maroc espagnol impossible. D’autant plus que je ne connaissais absolument pas le pays. C’est pourquoi j’en ai pris pour trois ans dans l’armée d’armistice aux spahis marocains[1]. Et voilà comment je me suis retrouvé dans l’armée. Car je ne me destinais pas du tout à la carrière militaire, mais je voulais faire l’école coloniale (en particulier parce qu’il n’y avait pas de mathématiques au concours) ! »

L’armée d’armistice

« Je me retrouve donc dans cette armée d’armistice où il n’y avait rien, si ce n’est des chevaux, des mousquetons, des mitrailleuses Hotchkiss (il n’y avait pas même pas de cartouche !). Tous les matins, on apprenait l’escrime au sabre, et l’après-midi, la charge à cheval comme à Reichshoffen : cela avait beaucoup d’allure, burnous au vent, c’était superbe, mais enfin, on n’était pas convaincu de l’utilité du système. J’ai donc essayé une nouvelle fois d’aller au Maroc espagnol ; ce qui ne m’a pas réussi : on m’a ramené entre deux gendarmes à Meknès (j’étais allé jusqu’à Fez). Néanmoins, quatre mois après et sans l’avoir demandé, je fus inscrit sur une liste de volontaires pour le Sénégal. Je devenais chasseur d’Afrique. C’était l’époque où Weygand avait réussi à obtenir des Allemands la mise en place d’unités motorisées pour contrer l’action des Forces Françaises Libres en A.O.F[2]. J’ai passé donc 18 mois au Sénégal où j’ai à nouveau essayé de déserter, sans réussir d’ailleurs. Mais le 8 novembre, alors que j’étais en prison, mon lieutenant est venu me chercher et m’a dit : « Muelle, arrêtez vos conneries, on va faire la guerre tous ensemble : les Alliés ont débarqué en Afrique du Nord ». »

« Le Royal Nazi »

« La suite est simple : je suis parti en Afrique du Nord où l’on m’a envoyé à l’Ecole des Elèves Aspirants de Cherchell : à cette époque, j’étais toujours 2ème classe[3]. A la sortie de Cherchell, à l’automne 1943, peu après la campagne de Tunisie, j’avais la qualité d’aspirant et je retrouvai mon ancien régiment, le 12ème Chasseurs d’Afrique, qui avait été affecté entre-temps à la 2ème DB où il était appelé « le Royal Nazi » ! C’est vous dire l’ambiance de l’époque. Leclerc, quant à lui, ne nous accepta pas dans son unité : « les aspirants, nous a-t-il dit, vous n’y connaissez rien, vous êtes des petits cons ! » ; ce qui était vrai d’ailleurs. « Vous aurez des commandements lorsque vos anciens se seront faits tuer ! ». Nous nous sommes dit que nous n’allions pas attendre la mort des Anciens, et finalement, nous sommes partis dans des dépôts, à Mascara et à Saida, pour attendre le matériel américain qui n’arrivait pas. »

Le Bataillon de Choc

« Au bout d’un moment, lassé par la mollesse et l’inaction ambiante, j’ai pris ma valise et suis parti au Bataillon de Choc. D’ailleurs, on peut dire que j’ai carrément déserté pour le Bataillon de Choc. Je savais qu’il était installé à Stawili, près d’Alger. Ce jeune bataillon avait déjà un passé prestigieux : il avait fait la campagne de Corse et avait été formé par les services spéciaux du général Giraud. Mais peu m’importait de savoir par qui il avait été fondé ! Mon seul objectif était de faire un boulot intéressant. Conçu à l’origine pour appuyer la Résistance au point de vue militaire, le Bataillon de Choc était destiné à renforcer les maquis. En réalité, vous verrez par la suite que ça s’est passé d’une manière tout à fait différente. »



 
132380 visiteurs depuis l'ouverture du site le 06/01/2008
50 aujourd'hui, 7 personne(s) connectée(s)