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Au cœur d’un stage d’aguerrissement de la FCCC
Créés en 2001, les stages d’aguerrissement au close combat de la Fédération des Clubs de Close-Combat permettent aux élèves de recevoir un enseignement technique conjugué à un indissociable endurcissement physique et psychologique. Immersion.
En cet après-midi de mai, des trombes d’eau accueillent les treize membres du Centre d’Instruction Principale qui atteignent le village montagnard de Mégève (74).
Levés aux aurores pour couvrir dans la matinée la distance depuis Paris, ils sont venus pour un stage de close-combat de vingt-quatre heures, organisé cette fois dans les Alpes. Parmi eux, des hommes de tous âges et de tous horizons : avocat, bibliothécaire, étudiant… Tous réunis pour s’aguerrir. Ils vont souffrir, ils le savent, ils attendent. Si pour beaucoup ce stage est le premier, d’autres comme les Cadres D et R, ne comptent plus leurs nombreuses classes vertes avec la FCCC. Le Russe, en sus, est venu en bonus.
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Ceux-là, mine de rien, commence à avoir de la bouteille et pourrait se targuer de leurs années de présence au club, quand moult élèves n’y restent que quelques mois, voire que quelque semaines. Et puis, bien évidemment, les Instructeurs SV et W, chaleureux bourreaux qui, au fil des kilomètres, semblent piaffer d’impatience. Le dernier stage d’été leur paraît peut-être déjà loin et celui-ci s’annonce à nouveau détonnant.
D’autant qu’ils y retrouveront leur copain, le moniteur B, responsable de la section locale.
Le site d’entraînement est inédit, comme souvent. Les élèves parisiens découvrent une menuiserie isolée composée deux ateliers et d’une cour attenante. Derrière coule une rivière qui, de prime abord, semble plutôt fraîche. Les Savoyards sont devant, déjà prêts, autour du Moniteur B. On se salue aussi rapidement que l’on se change et aussitôt, l’entraînement commence.
Aguerrissement et cohésion
Les élèves de la capitale étaient attendus de pied ferme. Désireux de croquer du Parigot, les Mégèvans impriment d’entrée une cadence infernale pendant la course d’échauffement.
La colonne s’étire et les visiteurs sont à la peine. Mais malgré les heures de voyages, ils s’accrochent vaillamment et certains parviennent à recoller. « On se rattrapera pendant les combats ! », doivent penser les autres.
La machine à éprouver les organismes est bien huilée. Les exercices d’aguerrissement et de cohésion s’enchaînent. Intenses. Etouffants. « Plaquage au sol ! En garde ! Plaquage au sol ! En garde ! ».
Et le moniteur B a les yeux qui pétillent. Les injonctions des instructeurs tombent aussi drument que la pluie.
On en est qu’à la mise en train et déjà les visages se déforment d’effort. Alignés dans la cour, les élèves pompent en cadence, les poings contre le bitume. Les gravillons leur écorchent les phalanges. A ce moment, chaque seconde leur paraît une éternité mais pas un ne bronche, pas un ne se plaint. Les voilà maintenant embarqués pour une longue série d’abdos. L’après-midi commence.
S’habituer à l’inhabituel
Apprendre à réagir vite, avec lucidité et efficacité, dans des situations extraordinaires. Si l’objectif demeure classique, la méthode se démarque des principes répandus d’enseignement des arts martiaux.
Elle vise à déstabiliser l’élève, à l’éprouver physiquement et moralement.
« Vous devez apprendre à vous entraîner dans des conditions qui ne sont pas les meilleures », répète l’Instructeur SV.
Car les situations d’affrontements, dans la rue ou ailleurs, ne surviennent jamais dans des conditions favorables. Stress, fatigue, douleur ou peur sont ainsi autant de facteurs qui peuvent agir sur les acteurs et en transformer l’issue. Alors ce jour là, comme à l’ordinaire pendant une séance de close-combat, on tente de s’habituer à l’inhabituel.
Fatigués, parfois perclus de crampes, les élèves répètent inlassablement les techniques de corps à corps que leurs montrent les instructeurs. Plus que la tête, c’est le corps qui enregistre et restitue encore et toujours les mouvements, jusqu’à devenir des réflexes instantanés et précis. L’entraînement dure depuis plus de deux bonnes heures quand vient le moment des combats. Combats au sol, boxe anglaise à mains nues ou boxe pieds poings. Au choix du Chef.
Ce sera boxe anglaise, « poings fermés au corps et mains ouvertes au visage », une heure durant. Les Parisiens cognent dur, mais les montagnards soutiennent la comparaison.
Ici, le surnommé Nounours, natif du coin, fait grêler ses avant-bras gros comme des bûches. Là, c’est l’Instructeur W qui s’est invité à la fête et qui mitraille gentiment de son côté. Avide de nouvelles rencontres, il change de partenaires puis tombe sur le Cadre D.
Ils se connaissent et s’apprécient. Les deux briscards s’en vont s’affronter sous la pluie dans un combat souple et précis, presque une danse. Ailleurs, on n’entend guère que le bruit des déplacements et des membres qui s’entrechoquent. Point d’animosité entre les combattants qui se respectent mais ne se font aucun cadeau. On lit sur leur visage tantôt de la concentration, tantôt des sourires. Parfois de la douleur aussi.
Il est des jours où, contre toute attente, l’on reçoit des cadeaux providentiels. Même pendant un stage de la FCCC. Après l’entraînement, les élèves, qui ne connaissent jamais le programme de leurs prochaines minutes, pourront ainsi profiter d’une soirée calme ponctuée d’une charmante dégustation de produits régionaux.
Une fois n’est pas coutume, ils dormiront ensuite sous un toit. Celui d’un atelier de la menuiserie. Beaucoup n’en espéraient pas tant.
Qu’importe la dureté des planches qui leur servent de matelas, chacun s’allonge à même le sol, savourant déjà la perspective d’un repos au sec.
Le campement prend des allures de colonies de vacances. Malgré la fatigue générale, l’humeur est à l’humour et beaucoup ne trouvent pas le sommeil. La nuit qui avance a tout de même raison des plus résistants qui, tour à tour, s’abandonnent à l’ivresse du noir. Pour quelques heures, du moins le croient-ils.
En deux minutes, tout le monde est aligné dehors
Il doit être environ une heure du matin quand les Cadres D et R quittent en douce leur couchette. Dans la pénombre de l’atelier qu’il traversent subrepticement, ils arborent des airs de conspirateurs sur le point de commettre un quelconque larcin. Ils rejoignent dehors l’Instructeur W avec qui ils échangent quelques mots.
Ils reviennent. Sans discrétion cette fois. Ils sont bel et bien décidés à trancher le silence serein du campement endormi et tirent brutalement les élèvent du sommeil. Ordre de se rassembler. En deux minutes tout le monde est dehors, aligné en caleçon ou torse nu.
La vivifiante fraîcheur de la nuit alpine réveille définitivement les derniers esprits embrumés qui considèrent maintenant le sourire de l’Instructeur W.
Il passe commande pour une série de flexions nocturnes et le groupe s’exécute.
L’effort est brusque mais bref. Une fois l’exercice terminé, l’Instructeur W renvoie les élèvent à leurs couchettes. A peine se sont-ils allongés, à peine ont-ils réussi à trouver le calme que les deux cadres réitèrent leur entrée fracassante. Nouveau réveil en vrac…pour une série de pompes.
Puis tout le monde se recouche, sans mot dire. Sans savoir non plus ce que réserve le reste de la nuit, mais en s’attendant au pire.
Le problème récurrent des Instructeurs de la FCCC, c’est l’insomnie. Et l’instructeur W ne déroge pas à la règle. Un craquement de bois l’a vraisemblablement tiré de sa somnolence, et cela l’énerve. Le point du jour est encore loin et il décide, du coup, de réveiller tout le monde.
Exercice nocturne.
Encore une fois. Les élèves se relèvent d’un bond et filent s’aligner dehors, machinalement. Les visages fermés trahissent une fatigue encore présente. Le moral, peut-être, en a aussi pris un coup. « Ne pas penser ! Ne pas subir ! Tenir ! », doivent penser certains.
Les combattants s’en donnent à cœur joie
Un soleil printanier a remplacé les averses de la veille. Il perce depuis peu au dessus des sommets quand sonne l’heure de démarrer une nouvelle journée, et un nouvel entraînement. Promenade matinale en groupe et bain de pieds dans la rivière bleu glacier, chargée par la fonte des neiges.
A voir leurs têtes, elle fouette le sang. Pour se sécher, on retrouve le bitume de la cour et les exercices traditionnels.
La matinée s’écoule au rythme des techniques qu’on peaufine ça et là. Oubliés la courte nuit, les bleus et les efforts d’hier, il faut se concentrer sur les ateliers du jour, pour quelques instants encore.
Le stage s’achève dans le feu d’artifice des combats pieds poings. La menuiserie se fait de nouveau le théâtre d’un curieux ballet de combattants qui s’en donnent à cœur joie. La fin approchant, l’ambiance est détendue mais l’intensité des affrontements demeure la même.
Et tout s’enchevêtre, et tout s’entremêle dans le désordre d’un opéra passionnément violent. L’orchestre des cartilages joue à pleins poumons alors qu’au milieu, l’Instructeur SV joue volontiers un douloureux solo à qui veut l’entendre.
Plus loin, le Moniteur B et l’Instructeur W récitent leurs gammes pendant que les cadres D et R, solistes imperturbables, bombardent allègrement. L’avocat tape sur l’étudiant, le bibliothécaire bastonne l’ouvrier.
C’est une révolution enthousiaste sans autre motif que la nécessité de sentir vivre. A mesure que les minutes s’échappent par dizaines, les bras se font lourds et les coups qui portent ébranlent leurs victimes. L’un frappe, l’autre vacille et se reprend. Depuis longtemps déjà, on ne combat plus qu’au mental.
Demain, ils seront revenus sans gloire ni médaille à leur existence, au confort, aux certitudes. Anonymes noyés dans la masse du métro ou célébrités encensées de leur boulot, ils n’ont été, l’espace de vingt-quatre heures, que des hommes qui s’entraînent humblement, souffrent et se soutiennent, animés par l’honneur, liés par la fière volonté d’être de ceux qui agissent. Peut-être seront-ils plus forts à l’avenir.
Mais quel que soit le sort du lendemain, il n’en demeurera pas moins dans leur esprit le souvenir d’une expérience singulière qui peut se raconter pour faire sensation, mais qui doit se vivre pour être comprise.
GUEVEL